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Rendre le Ramadan aux Musulmans. Par Zyed Krichen |
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Une semaine à peine nous sépare de Ramadan. Mois de la prière et du repentir pour les uns, de la convivialité et de la joie de vivre pour les autres. En tout cas il est le mois du repos de l’âme et du corps, souvent au grand dam des acteurs économiques à peine sortis du creux estival. Pour nous c’est une occasion de plus pour interroger nos pratiques religieuses.
Beaucoup de Musulmans, et non des moindres, confondent la pérennité de l’Islam et son immuabilité. Pour eux, seul le profane mue. Le sacré est frappé du sceau de l’inaltérable. Pourtant les pratiques séculaires de nos coreligionnaires démontrent souvent le contraire. La religiosité est un lien social. Le rituel s’intègre dans un contexte, une culture des traditions. Chaque société, chaque génération, chaque classe sociale se l’approprie à sa manière. De tous les “piliers” de l’Islam, le Ramadan de jadis avait un goût particulier. Le social prenait souvent le pas sur le rituel. La convivialité touchait par sa grâce les communautés non-musulmanes. Même les marginaux avaient leur place grâce aux jeux de cirque et autres cafés chantants. Ramadan était aussi fait de couleurs et d’odeurs... Des marchés bruyants aux tables savamment achalandées... Des disputes futiles (hachicha de Ramadan, disait-on), aux rues pleines à craquer en début d’après-midi, au moment, tant attendu, de la rupture du jeûne, à la ferveur des uns et la piété silencieuse des autres... Ce charme-là est un peu terni. Ce Ramadan d’antan a quasiment disparu. On doit une partie de ce “désenchantement” aux nouvelles cités urbaines, froides et sans âme. Le Ramadan d’antan était surtout une esthétique de la vie, un hymne à la convivialité. Mais les nouvelles normes de l’urbanisme ne sont pas les seules responsables. C’est l’Islam bon enfant de nos parents et grands-parents qui est mis en cause. Il est accusé de déviation, d’impureté et d’une certaine teinte de paganisme. Le rituel n’est plus un espace convivial, mais un lieu de pouvoir. Rappelez-vous tous ces débuts de Ramadan, l’Aïd Esseghir et parfois l’Aïd El Kébir que les Tunisiens ne se partageaient plus. Toutes les occasions étaient bonnes à prendre pour célébrer ces fêtes un jour plus tôt ou plus tard. D’actions fortement minoritaires au début, c’était devenu une marque de fabrique, un signe d’allégeance et une contestation de la religiosité héritée. La religiosité n’était plus un lien social. Cette nouvelle idéologie, qu’on nomme islamisme pour la simplification, voulait traquer toute présence dans le rituel. Elle voulait le purifier des déviations et des us et coutumes séculaires. Revenir à l’Islam des origines, tel était le leitmotiv de cette tendance, quitte à transformer nos fêtes en drames et notre convivialité en calvaire... Le lien social était pris en otage sans que personne, ou presque, ne proteste. Les autorités de l’Islam officiel, partout dans le Monde arabe, étaient prisonnières de leurs propres contradictions. Ce sont elles qui ont accompagné, au fil des générations, les mutations et les évolutions de l’Islam populaire tout en portant un regard moralisateur sur certaines pratiques qu’elles jugeaient extrêmes. Mais ce sont les mêmes autorités qui sont les gardiennes du dogme. Le licite et l’illicite sont leur domaine de compétence par excellence. Elles n’ont pas su réagir face à cette nouvelle déferlante idéologique. Etre les défenseurs de l’Islam populaire au risque de passer pour ringards ou même déviants. Faire de la surenchère sur le dogme et jouer à “plus musulman que moi, tu meurs ! ”. Revenir au Ramadan des années 1930 n’est plus, évidemment, à l’ordre du jour. Beaucoup de choses ont changé, à commencer par notre rapport au religieux, beaucoup plus distancié chez les uns et plus littéral chez d’autres. Mais l’urgence pour tous est de libérer le Ramadan de l’emprise islamiste et de le restituer aux Musulmans de base. La joie et le plaisir des sens ne sont nullement répréhensibles. l’observance spirituelle du jeûne ne peut souffrir la bêtise des hommes et leurs intolérances. Rendre le Ramadan aux Musulmans. Voilà un beau programme pour le futur. Zyed Krichen - Réalités |