|
Tunisie: Le Kef - Les canons tonnent toujours dans la ville |
|
|
Fidèles à une pratique qui remonte à une longue date, les canons
continuent toujours de tonner au Kef, lors du mois saint de Ramadan.
D'ailleurs, les premiers coups ont été entendus la veille du mois. Ils
ne font qu'annoncer le début du jeûne et répandent, par leurs éclats,
un parfum de fête parmi la population. Car Ramadan s'accompagne en
général de veillées théâtrales et musicales et la ville connaît une
activité fébrile, sur le plan tant économique que culturel.
L'explosion du baroud intervient en général au moment même de la rupture du jeûne et constitue une sorte de libération par rapport au devoir d'abstinence.
Autant, alors, souligner l'importance psychologique des coups de canon, dont l'explosion se fait entendre à une dizaine de km de la ville et se fait à répétition la veille de la fête de l'Aïd.
Petits et grands ont régulièrement les yeux rivés sur la colline d'où part le feu au moment du crépuscule et les deux coups successifs, l'un petit et l'autre grand, libèrent tout un chacun des engourdissements de la journée.
La période du s'hour, quoique les temps aient changé, n'échappe pas à la tradition et, ici, c'est le tambour qui prend la relève pour rappeler aux citoyens, les pratiquants, l'heure du dernier repas à prendre avant le début du jeûne. Le passage du tambour a aussi une signification particulière. Il rappelle le bon vieux temps, où il était la seule référence temporelle utile pour accomplir le rituel du s'hour (repas de fin de nuit) que l'on considère comme très important pour un bon comportement physique et même intellectuel durant la journée. Même si, au demeurant, nombreux sont ceux qui s'abstiennent de le faire, car ils estiment qu'il provoque une perturbation du sommeil, surtout pour les lève-tôt.
En réalité, Ramadan a ses propres traditions et, au-delà de l'éternel coup de canon, il y a toute une signification profonde à dégager : c'est la piété et la rigueur du comportement, sans oublier les autres valeurs cultivées à cette occasion, notamment celles de l'entraide et de la solidarité.
Et, justement outre les repas d'iftar organisés dans les villes de la région, certains bienfaiteurs font preuve de sollicitude envers les plus démunis, le tout dans la discrétion.
L'année dernière, un mécène, qui a requis l'anonymat, a financé des repas d'iftar organisés par le Kef-Est. Une générosité débordante qui montre, si besoin est, que les bonnes valeurs sont toujours là et que la solidarité prônée par la direction de l'ère nouvelle n'est pas un vain mot. Elle trouve sa parfaite illustration dans pareils gestes.
J.T. - La Presse |