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Spiritualité et nourriture, La table céleste Version imprimable Suggérer par mail
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L’ambiance quotidienne au mois de Ramadan est toute particulière. Une journée d’un homme ordinaire se résumerait en un périple quotidien entre travail, mosquée, café et télé. Sans oublier la nourriture. Tout est sous le signe de la boulimie : prières, bouffe et orgie d’images télévisuelles. L’ambiance du mois en est toute particulière. Tout y est spiritualité et nourriture. L’islam qui prône de tenir compte de l’ici-bas et de l’au-delà est là.

Il veut faire de nous de bons vivants qui apprécient les bonnes choses de la vie à condition de ne pas en faire trop.

Une journée de Ramadan cela commence par un réveil tardif le matin par rapport aux autres mois du fait du changement d’horaires qui tiennent compte du facteur veille. Au Ramadan, dès le premier soir où l’on annonce la première journée du jeûne pour le lendemain, un changement capital intervient et les familles qui étaient habituées de coucher dès 23 h au plus tard, brusquement, sans se rendre compte, veillent jusqu’à minuit passé. On dirait qu’il y a de la joie dans l’air qui fait perdre le sommeil. Une autre joie encore, c’est de prendre le s’hour. Se réveiller avant la prière du fajr pour un dernier repas. C’est sacré.

Mais le cumul des veilles fait que chaque matin on se rend compte qu’on a mal dormi parfois et qu’on a la gueule de bois. Il est vrai que la ferveur religieuse du jeûneur est là pour rétablir un équilibre psychique précaire.

Celui-ci est dû non seulement aux veilles mais aussi aux lourdes dépenses pour la bouffe. Sans compter que pour les pères de famille à revenu modeste, on attend de faire face aux dépenses de l’Aïd pour l’achat des vêtements neufs aux enfants. Dès le premier jour du Ramadan, on commence à y penser. Le coût de la vie au quotidienne flambe mais les salaires stagnent. Il faut beaucoup plus que la qanaa pour supporter. On commence la nouvelle journée avec cette pensée alors que le budget du mois est déjà passablement érodé, faussant toutes les prévisions. Les célibataires ont meilleure posture. Les riches, eux, n’y pensent même pas.

Parmi ceux-ci il y en a qui méprisent même les coutumes des pauvres surtout celles consistant à fêter l’Aïd avec des vêtements neufs. A quoi bon puisqu’on en achète des fringues tous les jours que Dieu fait ! Mais les enfants des pauvres n’ont que cette occasion pour être vêtus de pied en cape avec du neuf !

Alors, on se réveille le matin avec cette idée et d’autres idées similaires. Il n’y a pas mieux comme idée pour avoir le cafard. Mais comme précité, il y a la ferveur qui joue le rôle de stimulant pour des réaménagements psychologiques. On oublie un peu. On prend en ville le bus en essayant de ne pas perdre patience à cause de la bousculade. Le bus est toujours plein et on aurait poireauté un bon moment en voyant défiler des bus archi pleins qui brûlent les arrêts.

On se prend à envier des gens qui travaillent à côté du domicile et pas nécessairement dans une grande ville. Ne pas avoir cette corvée du déplacement par bus. On se prend à envier ceux qui ont une voiture pour aller au travail. C’est pratique, confortable et on arrive à temps.

Au travail, on s’efforce de ne pas somnoler. Il s’agit de travailler, d’être productif, histoire de démentir cette idée à la limite blasphématoire qui dit que le Ramadan est anti-travail. Mais non c’est faux ! proteste-t-on. Ce n’est vrai que pour les gens qui cherchent des prétextes justifiant leur flemmardise. Et il parait qu’ils sont légion. Que faire ? Dans une administration donnée, les gens se pointent vers le coup de neuf heures et attendent midi trente tapante pour disparaître sous le prétexte fallacieux ou non de faire la prière d’ad-dohr. Malheureusement, il leur arrive de ne plus reparaître au bureau pour certains fonctionnaires du moins. Les plus privilégiés sont ceux qui ne risquent pas de se mettre à dos le chef. Pourtant, le travail c’est ibada. Pas meilleure façon de rendre grâce à Dieu que de faire son devoir consciencieusement, diront les moralistes censeurs.

Les manquements aux devoirs religieux et civiques, curieusement, fleurissent au mois de Ramadan. Ou alors sont plus visibles, acquièrent plus de relief. Quand on n’a pas la conscience du devoir, quand on est un fainéant taré, on n’attend pas le mois de Ramadan pour en donner l’exemple. Mais le Ramadan a bon dos. Alors, on le charge de tous les maux possibles en le taxant de mois de la paresse et de non productivité par excellence. On entend des gens qui gémissent en disant que l’ambiance du travail fait défaut au mois du jeûne, avec la fatigue, le manque de sommeil, le manque des différents stimulants comme une tasse de café, de thé ou la cigarette pour les fumeurs.

Au travail, dans les médias, des discours intarissables sur le sens du jeûne.

Le jeûne a bien un sens même si on l’a un peu perdu de vue. Les prédicateurs qu’on entend partout, à la mosquée, dans des cassettes audio ou des CD vendus à la sortie de la mosquée, ou par des colporteurs dans le bus sans oublier les livres aux feuilles jaunes étalés sur les trottoirs, sans oublier non plus les très officiels ouléma de la télé et la radio, tout ce beau monde ressasse les mêmes explications dans un ronronnement exégétique sans fin.

Après la prière d’ad-dohr, dans une mosquée bondée qui sent le regain de ferveur du mois sacré (on se croirait au jour de la prière du vendredi tant les fidèles deviennent nombreux à fréquenter les mosquées !), le temps passe vite. Pendant le jeûne, on travaille en bavardant. Ce n’est pas interdit. On ne jeûne pas à ce niveau ! Et puis, vient le moment de l’escapade, légale celle-là, vers quinze heures. On quitte le travail pour rentrer chez soi. Mais avant de rentrer, rien ne nous empêche de faire un tour au souk pour voir du monde et faire quelques emplettes si insignifiantes soient elles. Le plus important a déjà été acheté dans la grande surface une semaine ou dix jours à l’avance. ça permet de se représenter l’ampleur du labeur des femmes au foyer qui ne sortent pratiquement plus de la cuisine durant le mois du jeûne.

Bien du travail sur la planche. Elles auraient déjà préparé chebbakia et sellou quelques jours avant le mois sacré.

On vous le dira, dans la journée du Ramadan que le principal c’est de passer le temps. Ndir dawra bach njib leftour. La rupture du jeûne n’est que dans trois heures environ, vers le coup de 18h et quelques minutes . C’est vrai aussi que pendant la journée, surtout les deux à trois heures précédant le ftour, on ressent des envies, on se représente en tête, peut-être sans se rendre compte vraiment, d’une manière semi-consciente toutes ces bonnes choses qu’on va manger tout à l’heure. Avec le jeûne, nos sens de gourmets sont aiguisés surtout les yeux et l’odorat. Le péché de gourmandise est là à l’affût. Alors, sans s’en rendre compte, on se retrouve, au terme d’une petite promenade, avec quelques denrées triées sur le volet, des dattes, chabbakia, mkharreta et autres ch’hiwat imbibées de faux miel, des fruits, jus, yaourt, poisson.. .Où qu’on se tourne, les étalages de denrées vous agressent par leur aspect alléchant, les couleurs et les parfums. Beaucoup d’artisans pâtissiers des confirmés et des amateurs se donnent rendez-vous pour noyer notre environnement de leurs produits.

On ne dira jamais assez que le Ramadan est aussi bien un mois de prière et de ferveur que de bouffe et de gourmandise. On a l’impression qu’on ne jeûne durant la journée que pour prendre sa revanche, le soir venu, en s’empiffrant de nourriture. C’est aussi vrai parait-il pour bien des pays dans le monde musulman. Au mois de Ramadan, les jeûneurs mangent plus que durant les autres mois. L’approvisionnement du marché des denrées devient une affaire politique. Les ruptures de stocks deviennent un souci majeur pour les décideurs. Et puis le Ramadan a ces commerçants et ses spéculateurs qui profitent de l’exacerbation de la ferveur de l’estomac.

Le Ramadan c’est la fête de la bonne chair, ce qui est une bonne chose en soi s’il n’y avait pas les dérapages de la goinfrerie sauvage qui ponctuent cette campagne annuelle du jeûne. Evidemment, ceux qui se gavent à se donner la crève ce sont ceux qui en ont les moyens. Ceux-ci se reconnaissent par la teneur de leur table de ftour qui doit être une sorte de paradis terrestre de la bonne chair où tous les mets imaginables sont représentés. Les spécialistes internationaux de la gastronomie ne peuvent être que sidérés par cette table gargantuesque. Remercions Dieu pour ses bienfaits ! Pour les pauvres, ils n’ont pas droit à cette table céleste. Ils ont les restaurants du cœur. Les bols de harira viendront à bout des gémissements de leur ventre. La harira une bonne panacée contre la faim. C’est justement l’arôme particulier de la harira qui accueille le promeneur dès le seuil du domicile.

On va à la cuisine pour déposer les sachets contenant les achats inattendus faits sur un coup de tête des envies anticipées. Quand on rentre chez soi, c’est pour manger après la prière d’almaghrib. Bismillah ! Impossible d’imaginer qu’on puisse prendre le ftour sans regarder la télé. La télé c’est le divertissement. Comme la bouffe elle prend une dimension phénoménale au mois de Ramadan. Nouveaux programmes, des films, téléfeuilletons et sketchs en grand nombre. La fête est à son comble, prolongée à des horaires impossibles. Pour ceux qui veulent veiller, ils sont bien servis. Et ceux qui ne supportent pas cette violation de domicile avec ce divertissement tapageur, ils n’y peuvent absolument rien. La démocratie familiale veut que le choix de la majorité s’impose. Les minoritaires, eux, privés du droit de zapper, n’ont qu’à se la boucler et supporter ce tintamarre crétinisant le temps d’un ftour en famille. Le mieux qu’ils ont à faire c’est de faire vite, écourter leur séjour près de la table du ftour au grand maximum. Alors que les uns resteront collés au petit écran, d’autres préféreront aller au café voir un match de foot, d’autre iront à la mosquée. Rendre visite à des amis et de la famille peut figurer au programme de la soirée. L’essentiel est de sortir vite dans la rue pour une longue promenade, une évasion bien légitime.

S’asseoir dans un café, écouter la rumeur du boulevard et lire le journal de demain en sirotant un café "bien pressé". Y a-t-il rien de mieux ! Ramadan Karim wa koullou amin wa antoum bikhayr !   L’influence du changement de l’alimentation sur l’organisme du sujet sain   Les habitudes de vie, et surtout d’alimentation, changent pendant le mois de Ramadan au Maroc. En effet, la prise des repas se fait exclusivement en nocturne avec une tendance exagérée à la consommation de glucides et de lipides dans tous les foyers, quelque soit leurs niveaux de vie, rapporte une autre étude publiée par la Fondation Hassan II pour la recherche scientifique et médicale sur le Ramadan.

En fait, plusieurs études ont été réalisées pour évaluer l’effet du changement de la quantité et de la qualité de l’alimentation, elles ont retenu que la fréquence des repas diminue pendant le mois de Ramadan et que leur composition est modifiée selon les habitudes alimentaires relatives à chaque pays musulman, voire à chaque région. Cependant, certaines conditions alimentaires sont à souligner pendant le Ramadan, à savoir une faible consommation d’eau et de crudités, et une augmentation de la consommation des protides et des lipides est observée dans la majorité des cas alors que celle des glucides reste variable selon les études. Une étude marocaine a montré que la consommation des sucres à assimilation rapide augmente pendant ce mois.

Les paramètres les plus étudiés pendant le Ramadan chez le sujet sain concernent la concentration plasmatique des glucides, des lipides et des protides ainsi que les paramètres hématologiques et la balance hydro-électrolytique. Des études plus récentes, avec une méthodologie plus adaptée, se sont intéressées aux variations circadiennes (du rythme biologique) des hormones et de la température corporelle pendant ce mois. Les principaux résultats sont les suivants :

 1- La glycémie

La majorité des études a montré que celle-ci n’est pas modifiée chez le sujet sain pendant le jeûne du Ramadan. Le protocole de ces études présente une limite méthodologique, la glycémie étant mesurée une seule fois par jour, après 10 à 12 heures de jeûne et l’heure des prélèvements pendant le Ramadan est différente de celle en dehors du Ramadan. Par contre, dans un autre travail, la glycémie a été mesurée plusieurs fois par jour aux mêmes heures en dehors et pendant le Ramadan. Cette étude a montré que la glycémie augmente à 02h30 et 08h00, diminue à 17h30 pendant le Ramadan et son niveau moyen sur 24 h diminue.

 2- Les lipides

Les principaux résultats concernant les lipides plasmatiques montrent une augmentation du cholestérol total et des HDL (bon cholestérol) accompagnée d’une baisse des LDL (mauvais cholestérol). Les triglycérides (graisses dont la présence excessive dans le sang est nocive) ne semblent pas changer pendant le Ramadan.

 3- Les protides

On note généralement une augmentation des protéines plasmatiques totales, de l’albumine, de la créatinine, de l’acide urique et de l’urée plasmatique et urinaire pendant le mois de Ramadan.

 4- La balance hydro-électrolytique

Pendant le Ramadan, il existe une diminution de l’apport hydrique et une augmentation de la concentration des ions urinaires et de l’urée. Cependant, il faut noter que dans les pays humides et à température douce (Malaisie, Indonésie) la balance hydrique est équilibrée, alors que dans les pays au climat aride comme le Soudan et la Tunisie elle est négative. Par ailleurs, dans une étude récente, une augmentation de l’osmolarité plasmatique, du sodium, et des bicarbonates ainsi qu’une diminution du fer ont été observées chez les sujets sédentaires et non chez les sujets actifs.

 5- Hématologie

Les variables hématologiques ne semblent pas être modifiées par le Ramadan. Cependant, certaines études ont montré une diminution de l’hémoglobine et une augmentation de l’hématocrite. Des modifications des cellules sanguines ont été rapportées avec diminution des lymphocytes T, agrégation des plaquettes et une augmentation du temps de la coagulation.

 6- Poids Corporel

Une légère diminution du poids corporel a été observée lors de nombreuses études menées dans des pays musulmans et non musulmans. D’après certains auteurs, cette perte pondérale est associée à une diminution de l’apport énergétique quotidien, qui doit être normalement de 2700 Kcal pour les hommes, de 2000 Kcal pour les femmes, de 2300 kcal en cas de grossesse et de 2500 kcal en période d’allaitement.

Les valeurs nutritives des produits surconsommés

 Les variations de l’apport énergétique dépendent des habitudes alimentaires de chaque pays. Au Maroc, en plus de l’alimentation habituelle, d’autres aliments surconsommés pendant cette période de jeûne ont fait l’objet d’une estimation qualitative, rapporte la Fondation Hassan II pour la recherche scientifique et médicale sur le Ramadan. C’était le cas pour chebakia, la harira, beghrir et msemen. Pour cela, les chercheurs ont eu recours à l’informatique en utilisant un logiciel de calcul des nutriments. Les résultats obtenus se présentent comme suit :

- Msemen (60g) donne 20.6 gr de glucides, 3 gr de protéines, 13.2 gr de lipides, 210 mg de cholestérol et 210 kcal (kilo calories) ;
- Beghrir (50g) est constitué de 14.6 gr de glucides, 2.4 gr de protéines, 0.3 gr delipides, 4.1 mg de cholestérol et 70 kcal ;
- Harira (1 bol moyen) fournit 13.3 gr de glucides, 5.5 gr de protéines, 2.5 gr de lipides, 9.4 mg de cholestérol et 100 kcal ;
- Chebakia (20g) produit 11.5 gr de glucides, 0.7 gr de protéines, 1.2 gr de lipides, 2 mg de cholestérol et 6 Kcal.

En conclusion de cette étude et en guise de conseils à la population des jeûneurs pour passer un Ramadan en bonne santé, les chercheurs préconisent :

a- Boire de l’eau en quantité suffisante (1,5 à 2 litres / jour), b- Eviter les excès de consommation des matières grasses et des glucides, c- Ne pas consommer de plats avec de la sauce ni d’aliments riches en lipides lors du repas du Shor, d- Espacer les prises alimentaires (3.5 à 4 h entre chaque repas), e- Eviter les collations entre les repas, f- Garder les horaires normaux de sommeil.

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