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Regard d'une étrangère : Mes leçons du Ramadan |
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" J'aime le ramadan ", voilà ce que tous les Tunisiens m'ont dit depuis
que je suis arrivée, il y a à peine une semaine. Même Si certains ne
respectent pas le jeûne, c'est surprenant à quel point ils aiment ce
mois sacré.
" Le Ramadan fait du bien au corps et à l'âme ", m'a-t-on expliqué. C'est l'occasion de prendre conscience de la force qu'on a en nous et d'apprécier ce que la vie nous offre. Ne pense pas à manger, boire ou fumer du lever au coucher du soleil.
" Pour cela, il faut que tu fasses preuve de beaucoup de patience pour deux autres semaines ", m'a-t-on conseillé. De la patience, il m'en faut une bonne dose. Pour la Canadienne qui vient d'arriver pour découvrir le monde arabe et la culture tunisienne, ce n'est pas du tout évidement de s'adapter à tous ses rituels. On a d'abord l'impression que la ville est morte durant la journée. Tout est au ralenti ou carrément fermé. Difficile de se procurer un portable, de chercher un logement ou de trouver un café Internet. La ville finit par s'éveiller le soir après le dîner. C'est fascinant de constater la métamorphose. Tout d'un coup, tout le monde a l'air tellement heureux. C'est la fête ! Il y a de la vie. C'est rassurant.
" Tu vas voir, les Tunisiens sont très accueillants. Et pendant le Ramadan, ils doivent faire preuve encore plus de générosité, d'entraide et de solidarité ", m'a-t-on spécifié. Rassurez-vous, je suis très bien accueillie dans votre pays. C'est touchant d'être invitée à un souper typiquement tunisien pour vivre la rupture du jeûne ou encore de recevoir des dattes et des fruits en guise de bienvenue. Je ne m'attendais pas à être si bien reçue, malgré les difficultés à me faire comprendre. Parce que mon accent français n'est pas comme le vôtre ! Je me suis perdue à quelques reprises dans la ville. J'ai pris panique, je ne savais pas où j'étais, mais il y avait toujours quelqu'un pour m'aider.
Je savais avant mon départ de Montréal que j'arriverais pendant le mois de Ramadan. J'étais loin de me douter à quel point j'allais vivre des frustrations, mais tellement de moments magiques. Je respecte vos mœurs, vos valeurs, vos rites, mais j'ai encore tout à apprendre. Ici, tout est différent. Le rythme de vie, les plats, les musiques, les réseaux de transport, de télécommunications et le climat. Sous le soleil de plomb, il m'arrive d'avoir soif. Comme je ne suis pas musulmane, c'est impossible de m'empêcher de boire durant la journée. À ma manière, je fais quand même le Ramadan. Je le fais en vous respectant et en m'ouvrant à vous pour les six prochains mois.
Mélanie Loisel - Le Temps |