La critique gémit, le public apprécie, nous n’apprendrons rien à personne: c’est la télé de Ramadan. Faut-il remettre ça ? Des collègues le suggèrent, ainsi que quelques confrères assez remontés. Il semble, d’après la minorité des mécontents, que (on cite) : «Jamais les grilles ne sont tombées aussi bas». «Les comiques»,
tous genres confondus, écopent à perte de formules : «ras de pâquerettes», «humour de bas étage», «on a touché le fond», etc. On pousse un peu trop «le verbe», mais il y a du vrai là-dedans. Il n’empêche, à l’heure du «prime time», Sebouï rafle l’audience. Le monde se fige. Le temps suspend son vol. On n’a pas vu pareil depuis Oumi Traki, et Le fugitif. Sebouï, dans la nuance Reconnaissons d’abord: la sitcom de Hatem Belhadj, encore que visiblement en fin de cycle, garde toute sa drôlerie. On avouera même : ce «badinage» que d’aucuns décrient, n’est pas tellement dénué de sens. On y retrouve, pour autant que l’on prenne la chose pour ce qu’elle est, beaucoup de nos travers et de nos ridicules. Souvent légèreté n’est qu’apparence, et la caricature, si elle est faite à bon escient, vaut le meilleur des portraits. On a cité l’exemple de Sebouï, à première vue le personnage est «clownesque», grossier, «retardé». En y regardant bien, nous sommes en présence d’un «archétype» plus nuancé, à la fois crédule et roublard, fragile et calculateur. On ne sait, quand il est conseillé à Sebouï de défendre sa part d’héritage, s’il applique la consigne telle quelle ou si, au fond, il n’a pas déjà son petit stratagème personnel. On ne sait pas, non plus, alors qu’il se soumet au «régime au concombre», s’il n’a pas d’emblée, «affûté» sa parade. Et l’on est surpris d’entendre le gros «bebête», alors même qu’empêtré dans son méli-mélo familial, résumer au mieux la situation amoureuse d’une secrétaire pourtant beaucoup plus aisée et instruite que lui. Le succès de Sebouï, le fait qu’il rallie petits et grands, tient sans doute à cela. Non pas tant à ses gesticulations, bouffonnes et à son embonpoint cocasse, qu’à ce qui le rapprocherait de la psychologie courante, ambiante, c’est-à-dire ce mélange de bonhomie et de ruse, de naïveté et d’intelligence, de mensonge et de vérité. Notre univers, à tous, en un mot. Exagéré, certes, caricaturé à l’excès, mais par-delà ces artifices mêmes, tel qu’on le connaît, tel qu’il est vécu. A peu près. Sucreries en trop! Cela est l’arbre, reste la forêt. L’un ne cache pas l’autre. Loin s’en faut. Passe sur les sketches de mauvais goût. Depuis le temps qu’ils perdurent et que personne ne s’en plaint, le mieux est de laisser faire, de guerre lasse: tel est Ramadan, telle est sa télé. On devrait réagir, en revanche, à l’avalanche de publicité alimentaire. Que l’on sache : ailleurs on n’est pas aussi permissif avec les margarines et autres sucreries et pâtisseries. A la rupture du jeûne, des enfants et des personnes âgées s’attardent devant le petit écran. S’il est scientifiquement établi que la publicité guide le choix des consommateurs, pourquoi, en l’espèce, ne pas craindre pour la santé de ce public de la télévision? Ces précautions, pour information, sont généralement prises à la conclusion des contrats. On y adjoint le concours des médecins, des institutions de contrôle. C’est un consensus citoyen à faire. La télé n’est pas qu’affaire de recettes et de financements.
Khaled TEBOURBI La presse
Mardi 25 Septembre 2007 |