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Tunisie: Soirée ramadanesque à la Chaouachia : Une merveille, à la fois, authentique et moderne |
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A l'heure où les banlieues s'élargissent, où les espaces de loisirs
et les salons de thé prolifèrent, la Médina de Tunis reste un pont
entre les générations. Cette ancienne ville au carrefour de l'histoire
continue à subjuguer ses visiteurs par ses secrets et son charme
pendant toute l'année, plus particulièrement au mois de Ramadan.
Il est 21h50, à la rue de la Mosquée Ezzitouna, plaisirs des yeux et plaisirs de l'esprit se croisent. En passant devant les galeries d'oeuvres artisanes, l'endroit s'impose de lui-même. Un passage obligé en plein milieu d'une Médina aux mille couleurs et odeurs avant de rejoindre à pied, par un dédale de ruelles commerçantes, l'illustre café de la Chaouachia.
Les boutiques sont bien achalandées. Toutes nous interpellent et nous invitent à nous arrêter pour examiner les divers produits : argent, tapis, jebba, bijoux, étoffes, objets de décoration Le reflet de la lumière rouge sur les chefs-d'oeuvre exposés rappelle les contes des mille et une nuits.
En cette balade dans la Médina par une nuit ramadanesque, on découvre le charme du passé, gardé entre les remparts jaunâtres et les ruelles étroites. L'ancienne ville rechigne à livrer pareils secrets. Pour les découvrir, il faut se laisser porter par les courants orientaux et échapper aux embouteillages de Bab b'har.
Croisée dans le grand café de la Médina, Rihab, la vingtaine, une étudiante aux arts et métiers, confie : «La ville profonde n'est pas à oublier. La Médina, le soir, est une merveille. Passer une ou deux heures dans ce café est un moment extraordinaire».
Ce café est l'une des surprises que nous réserve la Médina. Aujourd'hui, comme toujours, la Chaouachia est un centre magnétique pour ceux qui veillent la nuit et adorent l'ambiance de jadis. Une centaine de personnes sont installées autour des petites tables, tout le long de la rue Sidi Ben Arous. Dans ce café, on remarque ce mélange d'exotisme et de modernité : un décor ancien et des jeunes à tenues et coiffures modernes. Le café bouillonnant, une jeunesse discute, elle adore les ambiances créées autour des chaises décorées et les petites tables arabesques. D'ailleurs, la majorité des clients du café «Chaouachia» sont des jeunes. Ici, le café turc et la chicha ont un goût spécifique. «Quand on vient passer une soirée ici, il est difficile de ne pas y revenir. Je suis, désormais, un client fidèle et accoutumé pendant le mois saint», souligne Ahmed.
A la Médina, les saveurs y sont plus franches, les sourires sont plus sincères. Une ambiance de famille règne sur les lieux. On discute ensemble, pas de séparation entre les tables. Il arrive souvent que vous partagiez une table avec une personne que vous ne connaissiez pas. Les connaissances se font sans protocoles dans ce décor d'autrefois. Les regards audacieux des jeunes hommes rencontrent ceux des filles. Un sourire se déclenche et des amitiés se créent pendant une ou deux heures et peut-être pour un autre temps qu'on ignore...
Le décor traditionnel est égayé par une troupe musicale qui fredonne d'anciennes chansons tunisiennes et orientales. Cette ambiance fait battre le coeur très fort. «Je préfère visiter ce café de la Médina au lieu de ceux du lac et des banlieues. Ici, l'ambiance est tout à fait différente. On sent vraiment Ramadan alors qu'ailleurs, c'est le même rythme que les jours ordinaires», souligne Amel, une surveillante dans un lycée.
Samira Hamrouni - La Presse |