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A Ennejma Ezzahra un soir, un rêve à Lisbonne |
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Valeur sûre et confirmée depuis plus d’une quinzaine d’années, habituée
des scènes internationales de Paris à Berlin, de Milan à Tokyo,
ambassadrice idéale du fado, Misia, accompagnée de José Manuel Neto(
guitare portugaise) Carlos Manuel Proença (guitare ou violon de fado)
et Luis Cunha (violon)
s’est produite dans le cadre du Festival Mûsîqât qui prend de la graine d’année en année, vendredi 21 septembre. Un récital intitulé «Lisboarium», comme qui dirait aquarium dans lequel le public a plongé. Une soirée mémorable. Misia, ambassadrice idéale du fado Les lumières sont éteintes, le duo de guitaristes donne le ton comme des préliminaires pour plonger le public dans l’atmosphère du fado, les notes de la guitare portugaise ( à six doubles cordes) fait le reste, un violoniste rejoint le duo, on attend la voix: l’élément cardinal du fado. Misia entre sur scène, à pas de félin, de noir vêtue, blanche comme l’albâtre. Frêle et fragile, pourtant, elle figure parmi les poids lourds du fado actuel, une figure -phare de la scène européenne dans le genre. Sa voix s’élève dans les airs, ses bras suivent la phrase, elle chante en portugais tout en douceur, elle puise le temps du silence, appuie sur une note, étire la phrase sans fièvre. On devine sans difficultés que son chant est forgé depuis des lustres dans la musique de son pays. De mère catalane, de père portugais, elle noue les deux bouts de la littérature ibérique. «Je suis une éponge qui absorbe tout», dira-t-elle. En français, Misia, en parfaite ambassadrice présente et explique le fado, emblème du Portugal : chant essentiellement urbain, de tristesse, de douleur, de résignation, de destins contrariés, de femmes qui attendent ou qui pleurent leurs maris ou amants marins, bref un chant de fatalité. Son fado à elle? Il tient du traditionnel, renouvelé, modelé et puise ses paroles chez les poètes modernes, Le Prix Nobel de littérature (1998) Jose Saramengo, lui écrira des poèmes « Je suis têtue, je vais moi-même à la rencontre des poètes ou les romanciers actuels et leur demande des textes et je réussis souvent » . Place au chant, Misia explique une chanson du corbeau qui accompagne les marins en partance, sa voix monte en modulations saisissantes, prend une respiration du ventre, se hisse légèrement, lève les bras comme si la phrase coulait dans son corps. La profondeur des mots ( expliqués en français) atteint le public, carrément hypnotisé. Pluie d’applaudissements. Une révérence et Misia reprend des poèmes de Fernado Pessoa, le grand poète et romancier contemporain qui personnifie Lisbonne, capitale d’un empire qui possédait la moitié de la terre. Et du fado, sous toutes ses coutures. La chanteuse continue ses errances dans sa Lisboa, elle arpente les ruelles, descend les escaliers, regarde les toits et se fixe sur le Tage ( fleuve de Lisbonne). «Ne m’appelez pas par mon nom, chante-t-elle, faites de moi un qui vous aime», puisque le public est son seul amour, on acquiesce avec ardeur, mieux, on applaudit chaudement. On écoute Les deux lunes, qui seraient les deux femmes, les deux amours, les deux voyages. Les aficionados sont emportés sur les vagues du texte, des images de Lisbonne, de ses ruelles…une marche populaire ( genre prisé jadis par les Lisboètes), énergique, la chanteuse s’y investit, gesticule harmonieusement et termine comme toujours par monter, lever les bras, pencher la tête vers l’arrière; le public fait le reste. Misia clôt son spectacle ( comme toujours, dit- elle) par son fado fétiche de la diva qui a fait connaître au monde entier le fado : Amalia Rodriguez. Le poème écrit par cette dernière ( elle en a couché quelques beaux) parle de larme, une seule larme. On devine et on s’incline.
H.HANACHI Mardi 25 Septembre 2007 La presse |
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